Et si nous prenions le temps de voir les arcs-en-ciel ? Retrouver les petits sels de la vie quand le quotidien nous bouscule
Nous sommes déjà le 2 novembre 2026. Les journées raccourcissent, le changement d'heure récent vient de nous faire basculer vers des soirées plus précoces, la lumière se fait plus rare et l'actualité n'est pas toujours très réjouissante. Dans ce contexte, je vous propose une petite invitation : ralentir, respirer et réapprendre à voir ce qui nous fait du bien.
Il y a des périodes où tout semble un peu plus lourd. La fatigue s'accumule, les préoccupations prennent davantage de place, les nouvelles du monde nous traversent et notre énergie n'est pas toujours au rendez-vous.
Et puis, parfois, une simple promenade, un rayon de lumière ou une rencontre inattendue avec la nature vient remettre un peu de douceur dans notre journée.
Je voudrais vous raconter quelque chose qui m'est arrivé vendredi dernier.
Même les professionnels du bien-être ont des journées qui les bousculent
Vendredi a été une journée particulièrement éprouvante sur le plan émotionnel.
Confrontée à l'hospitalisation d'un proche, dans un contexte où j'avais également un rôle de personne de confiance, j'ai été amenée à mobiliser une vigilance importante, à être attentive, présente, à réfléchir, à prendre en compte beaucoup d'informations et à gérer plusieurs émotions.
Même lorsque l'on connaît les mécanismes du stress, même lorsque l'on accompagne les autres dans la gestion de leurs émotions, on reste profondément humain.
Être sophrologue ne signifie pas être imperméable aux événements de la vie. Cela ne signifie pas non plus savoir tout maîtriser, tout relativiser ou ne jamais être déstabilisé(e).
En fin de journée, je me suis retrouvée vidée. Comme si toute mon énergie avait été mobilisée ailleurs.
Mais je connais mes points d'appui. Je sais identifier certaines de mes ressources intérieures et, surtout, je sais qu'il est important de ne pas attendre d'être complètement épuisée pour prendre soin de moi.
Alors, avant que la nuit ne tombe, je suis partie marcher.
Sans objectif particulier. Juste prendre l'air, retrouver mon corps, laisser mes pensées circuler et m'offrir un peu d'espace.
Et c'est là que ma journée a pris une autre couleur.
Quand le cerveau passe "en mode sentinelle"
Ce que j'ai vécu ce jour-là illustre assez bien ce qui peut se produire dans notre organisme lorsque nous traversons une situation émotionnellement intense.
Face à une situation perçue comme menaçante, incertaine ou nécessitant une attention particulière, notre cerveau mobilise des mécanismes de protection.
On pourrait parler d'un cerveau "en mode sentinelle".
Notre système nerveux autonome, qui régule notamment des fonctions comme le rythme cardiaque, la respiration et la digestion, adapte alors son fonctionnement.
La branche sympathique participe à cette mobilisation : elle prépare l'organisme à réagir. Le rythme cardiaque peut augmenter, la respiration devenir plus rapide, les muscles se tendre. L'attention se focalise davantage sur les informations importantes et les éventuels signes de danger.
En parallèle, les systèmes hormonaux du stress, notamment l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, participent à cette réponse. Le cortisol intervient notamment dans la mobilisation et la régulation de l'énergie.
C'est une réponse biologique parfaitement normale et utile à court terme. Elle nous permet de rester attentifs, de prendre des décisions et de faire face à ce qui demande notre présence.
Mais cette mobilisation a un coût énergétique.
Et surtout, elle ne s'arrête pas toujours instantanément lorsque la situation devient moins urgente.
Nous pouvons continuer à nous sentir tendus, fébriles, fatigués ou émotionnellement à fleur de peau, même lorsque le moment le plus intense est passé.
C'est parfois à ce moment-là que nous prenons réellement conscience de ce que nous avons traversé.
Quand la pression retombe, les émotions peuvent refaire surface
Avez-vous déjà remarqué que vous pouviez rester très solide dans une situation difficile, puis vous effondrer quelques heures plus tard ? Que les larmes arrivent une fois rentré chez soi, lorsque les choses semblent enfin un peu plus calmes ?
Ce phénomène est loin d'être inhabituel.
Pendant une période de forte mobilisation, nous pouvons être essentiellement tournés vers l'action, la vigilance et la nécessité de répondre à ce qui se présente.
Lorsque la pression diminue, l'attention peut progressivement revenir vers nos ressentis, nos besoins et notre fatigue.
Le système nerveux parasympathique participe notamment au retour vers un état de récupération et d'équilibre. Mais ce retour au calme n'est pas un interrupteur : il se fait progressivement et varie d'une personne à l'autre.
C'est aussi parfois à cet instant que les émotions jusque-là contenues trouvent davantage de place.
Les larmes peuvent alors surgir.
Il n'est pas nécessaire de les retenir, ni de chercher immédiatement à les expliquer ou à les faire disparaître. Pleurer n'est pas un signe de faiblesse. C'est une manifestation émotionnelle humaine, qui peut accompagner le relâchement d'une tension ou l'intégration d'un événement.
Nous n'avons pas besoin d'être forts à chaque instant.
Nous avons aussi besoin de pouvoir déposer ce qui a été lourd.
Un arc-en-ciel et un lapin sauvage : les petits miracles du quotidien

Ce vendredi-là, ma promenade m'a offert deux magnifiques surprises.
D'abord, un arc-en-ciel : un vrai, magnifique ! qui semblait s'être invité juste là, au bon endroit et au bon moment.
Puis, un peu plus loin, un lapin sauvage qui gambadait librement. Il a semblé aussi surpris que moi de cette rencontre improvisée ! J'ai immédiatement pensé à Panpan, le petit lapin de Disney. (inutile de chercher le lapin sur la photo qui a détalé en me voyant ;-) et moi pas assez rapide pour la prise de vue) Cette apparition inattendue m'a fait sourire.
Et vous savez quoi ? Ces deux petits événements ont refait ma journée.
Non pas parce qu'ils avaient effacé les difficultés, ni parce que tout était soudainement devenu facile.
Mais parce qu'ils m'avaient offert autre chose : un instant de présence, d'émerveillement, de légèreté.
Pendant quelques minutes, mon attention n'était plus tournée vers les préoccupations. Elle était là, dans ce paysage, dans les couleurs de l'arc-en-ciel, dans les mouvements de ce petit animal.
J'étais simplement présente à ce qui se passait.
Et c'est peut-être cela aussi, prendre soin de soi : retrouver de l'espace au milieu du tumulte.
L'émerveillement, une ressource à ne pas sous-estimer
Dans son livre Le Sel de la vie, publié en 2012 aux éditions Odile Jacob, l'anthropologue Françoise Héritier nous invite à porter attention à ces petits moments, ces sensations, ces images et ces plaisirs parfois minuscules qui donnent de la saveur à notre existence.
Elle écrit :
« Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. »
J'ai adoré ce livre lors de sa parution et cette idée me touche particulièrement.
Car nous avons parfois tendance à attendre que tout aille bien pour nous autoriser à profiter de la vie : à attendre d'avoir terminé notre travail, réglé nos problèmes, répondu à toutes les sollicitations, dépassé nos inquiétudes ou retrouvé toute notre énergie.
Or, la vie ne se met pas toujours en pause en attendant que nous soyons disponibles.
Et si nous apprenions à repérer ces petits espaces de respiration au milieu même des journées imparfaites ?
Un rayon de soleil sur le mur du salon. Une odeur familière. Un sourire échangé. Le chant d'un oiseau. Une musique que l'on aime. Le plaisir de marcher quelques minutes. Un animal aperçu au détour d'un chemin.
Ces instants ne suppriment pas les difficultés, mais ils peuvent contribuer à élargir notre attention et à ne pas laisser toute la place aux préoccupations.
La sophrologie au quotidien : apprendre à écouter les signaux de son corps
C'est justement l'un des intérêts de la sophrologie : développer une meilleure connaissance de soi, de ses ressentis et de ses propres ressources.
Notre corps nous envoie régulièrement des informations.
Une mâchoire qui se crispe, des épaules qui remontent, une respiration qui devient courte, un ventre noué, une fatigue inhabituelle, une agitation intérieure…
Ces signaux peuvent nous indiquer que nous sommes en train de mobiliser beaucoup d'énergie et qu'il serait peut-être temps de nous accorder une pause.
Encore faut-il prendre le temps de les écouter.
Voici trois petites pratiques inspirées de la sophrologie, faciles à intégrer dans le quotidien.
1. Faire une pause pour revenir à soi
Installez-vous confortablement, assis ou debout.
Si vous le souhaitez, fermez les yeux ou posez simplement votre regard sur un point devant vous.
Prenez quelques instants pour observer votre respiration, sans chercher à la modifier.
Comment est-elle aujourd'hui ? Plutôt ample ou superficielle ? Rapide ou tranquille ?
Portez ensuite votre attention sur vos épaules, votre visage, votre ventre, vos mains.
Observez les sensations, les éventuelles tensions, sans jugement et sans chercher à tout corriger.
Posez-vous simplement cette question :de quoi ai-je besoin, là, maintenant ?
Parfois, prendre conscience de son état intérieur constitue déjà un premier pas.
2. S'appuyer sur la respiration pour retrouver un peu d'apaisement
Lorsque nous sommes stressés, notre respiration peut devenir plus rapide et moins confortable.
Nous pouvons alors expérimenter une respiration douce, en laissant simplement l'expiration s'allonger légèrement, sans forcer.
Inspirez tranquillement par le nez.
Expirez doucement, un peu plus longtemps si cela reste confortable.
Recommencez quelques cycles, à votre rythme.
Il ne s'agit pas de réussir une performance respiratoire, mais de retrouver une respiration agréable et de porter attention à ce mouvement naturel.
Les recherches en psychophysiologie montrent que les pratiques de respiration lente peuvent influencer l'activité du système nerveux autonome et certains marqueurs physiologiques associés à la régulation du stress.
C'est une manière simple de mobiliser une ressource que nous avons toujours avec nous : notre souffle.
3. Faire une chasse aux petits sels de la vie
Voici une pratique que j'aime particulièrement, parce qu'elle nous invite à remettre un peu de curiosité dans nos journées.
Lors de votre prochaine promenade, ou même depuis votre fenêtre, prenez quelques minutes pour observer votre environnement.
Cherchez :
Une couleur qui attire votre regard.
Un son agréable ou inhabituel.
Une sensation corporelle confortable.
Un détail que vous n'aviez jamais remarqué.
Une petite chose qui vous donne envie de sourire.
Prenez le temps de vous y arrêter. Et laissez-vous surprendre tout comme moi vendredi ;-)
Il ne s'agit pas de vous obliger à voir le positif partout, ni de nier ce qui est difficile. Il s'agit simplement de rééquilibrer votre attention en laissant aussi une place à ce qui nourrit, apaise ou réjouit.
Nous n'avons pas besoin d'aller bien tout le temps
En cette période où la luminosité diminue, où les journées raccourcissent et où le contexte général peut parfois peser sur notre moral, je crois qu'il est précieux de nous rappeler que nous avons le droit de ralentir.
Le droit d'être fatigués. Le droit d'être touchés par les événements. Le droit de ne pas toujours avoir les ressources nécessaires immédiatement.
Mais nous pouvons aussi apprendre à reconnaître nos points d'appui, à identifier ce qui nous fait du bien et à prendre soin de nous en écoutant nos besoins avant d'arriver au bout de nos forces.
La sophrologie ne consiste pas à contrôler ses émotions ou à ne plus jamais être déstabilisé par la vie.
Cette pratique psycho-corporelle qui me passionne nous invite plutôt à développer une présence plus attentive à nous-mêmes, à mieux comprendre nos fonctionnements et à mobiliser nos ressources lorsque nous en avons besoin.
Vendredi dernier, je n'ai pas changé la situation qui m'avait éprouvée.
Et j'ai rencontré un arc-en-ciel et un lapin sauvage.
Deux petits cadeaux inattendus qui m'ont rappelé que, même au cœur des journées les plus chargées, il reste parfois un espace pour s'émerveiller.
Alors, en ce début de novembre, je vous propose une petite invitation :
Ne passez pas à côté des petits sels de votre vie ;-)
Ils ne feront peut-être pas disparaître les nuages, mais ils peuvent parfois nous aider à retrouver un peu de lumière.
Et vous, quel est le petit détail, la rencontre ou le moment inattendu qui a récemment illuminé votre journée ?
Prenez-en soin. Et prenez soin de vous.
Avec douceur,
Sophie





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